L’échafaud judiciaire partage avec la scène du théâtre de profondes affinités et il fût des siècles où ce genre de tréteaux se montait sur les mêmes places de grèves. On sait même que les fenêtres d’où l’on pouvait assister à ces macabres cérémonies pouvaient se payer beaucoup plus chères que les places de théâtre où se donnaient farces et comédies. Dans la pièce de Georg Büchner, drame historique en quatre actes rédigé en 1835 par un jeune homme de 22 ans que le typhus emportera à 24, rien ne cache la tragédie annoncée qui mènera Danton à la guillotine ; parce que l’intérêt est ailleurs, au-delà même de la logique carnassière d’une révolution qui pour survivre dut dévorer ses propres enfants : il est dans l’acceptation par Danton du sort qui lui est promis. Car enfin, de la première à la dernière scène, combien de fois Danton est-il prévenu du danger ? Et combien de fois refuset- il de s’enfuir ? N’est-ce pas ce même Danton, qui déclare à Julie dès l’ouverture de la pièce « tu m’es chère comme un tombeau » ? Une marche au supplice donc, longue de deux courtes semaines, traversée de conspirations et du feu des discours, de complots et de dernières amours. C’est à Patrick Pineau, acteur à la forte stature et à la voix d’orateur – qu’on se souvienne de Depardieu dans le Danton de Wajda – qu’a été confié le rôle titre. À Gilles Arbona la charge de porter la perruque blanchie de remords et le col amidonné de vertu sanguinaire de Robespierre. Dans un décor de ruine où erre l’ombre de la terreur, bruissent les froufrous insouciants du bordel, carmagnole la raison ivre du peuple et résonnent les pas des bourreaux, Georges que l’histoire, grande et petite, tient entre ses mains. Georges Lavaudant a réalisé là l’une de ses plus grandes mises en scène.
