La Nuit juste avant les forêts serait une sorte de conte des mille et une nuits qui aurait échoué à retenir la vie, l’histoire d’un homme qui tente de conjurer par la parole le vertige qui l’étreint, en se livrant à un inconnu, lui parlant « de tout, et de l’amour, comme on ne peut jamais en parler ». C’est à cette « rhapsodie vertigineuse » que Romain Duris, une heure trente durant, prête son souffle et son corps pour dire sa révolte contre le monde, sa solitude et ses colères, le travail à l’usine et les chambres sordides, la misère urbaine et l’égoïsme, l’immensité inassouvie de son besoin d’amour. L’acteur, qui à trente-sept ans a pratiquement l’âge de l’écrivain lors de sa disparition, semble avoir épousé cette forme de naïveté lucide et de candeur révoltée que Bernard-Marie Koltès portait au front. Une liberté humaine qui lui permet de surmonter l’obscurité d’un texte qui danse au-dessus de l’abîme et de faire exister le confident silencieux qui lui fait face, ce camarade qui serait « comme un ange au milieu de ce bordel ».
