Le portrait de ces hommes dont le titre du spectacle de Pauline Bureau nous promet la « meilleure part » est aussi celui d’une époque. Une trentaine d’années de vie – de 1980 à 2007 – où l’élection de François Mitterrand percute la chute du mur de Berlin, où l’arrivée du SIDA côtoie le triomphe de Michael Jackson, où la naissance d’Act Up fait autant de bruit que la cavale d’Action directe et où le soutiengorge de Madonna brille aussi intensément que le rose fluo des folles nuits parisiennes. Dans ce carambolage de faits qui s’ignorent souvent les uns les autres et qui peinent encore à rejoindre l’histoire des manuels, on s’aime et l’on se hait, on s’accroche et l’on perd pieds, on cherche sa place. Ils sont quatre, Valentine, Doumé, Willie et Leibo, trois hommes et une femme, que le temps contraint à épouser l’inconstance de l’existence. « Comment rester fidèle à ses idées, à ses amis, à ses amours. Je ne suis pas la même aujourd’hui qu’hier. Je ne peux pas penser, aimer, vivre de la même façon tout au long de ma vie. Trahir ses amours, ses parents, ses idées. Ou se trahir soi-même. » Du roman profond et intense de Tristan Garcia, Pauline Bureau a tiré la matière sensible d’un spectacle qui dit la fragilité heureuse d’une époque que le SIDA a contraint à regarder la mort dans les yeux et à mesurer sa liberté.
