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ON NE FAIT PAS DE PACTE AVEC LES BÊTES

Justine Berthillot / Mosi Espinoza

« Il y avait uniquement la perception d’une grande inutilité. » Werner Herzog

 

On ne fait pas de pacte avec les bêtes propose une très (très) libre réécriture au plateau du film Fitzcarraldo de Werner Herzog.
Le terrain d’action et principal sujet de cette création est la Forêt, en ce qu’elle nous apparaît aujourd’hui comme un théâtre du monde où se concentrent les principales luttes poétiques, érotiques, culturelles et écologiques.


– Un vaste défrichage.
Des tondeuses-robots folles.

Un cercle.

Des dents en or et des bêtes –

 

Dérivé de l’histoire réelle du péruvien Carlos Fitzcarrald, baron du caoutchouc, et de l’épisode historique de la fièvre du caoutchouc ayant touché l’Amazonie, Fitzcarraldo pose l’enjeu d’une réflexion essentielle : la folie mégalomaniaque de l’homme occidental, déterminé à piéiner la nature par sa propre culture, fût-elle jugée raffinée comme un chant de Caruso. Et quelque chose d’important réside dans ce récit, oui, mais si Herzog dynamite une petite montagne d’arbres pour y faire monter son bateau sans autre trucage qu’un bulldozer, n’y a-t-il pas quelque chose là aussi d’important ? Pour réaliser le film, un bateau à vapeur de 320 tonnes a étéhissé au faîte d’une colline sans utiliser d’effets spéciaux,et Herzog croyait que personne n’avait jamais réalisé un exploit similaire dans l’histoire, et ne le fera probablement plus jamais, se qualifiant de Conquistador de l’inutile.
On ne fait pas de pacte avec les bêtes propose de désosser et réinventer ce récit, et d’appliquer cette notion de conquête au plateau. Penser la plateau comme étant cette Forêt (ré -inventée elle aussi) hostile à l’humain, le lieu de la création, et terrain de lutte poétique. Plus largement, et de manière sous-jacente, cela touche aux questions de dominations naturelles, sociales et culturelles. Il s’agit de déconstruire ce grand mythe de l’homme blanc, du Dieu blanc descendu sur terre, le colon, à l’image des indiens dans Fitzcarraldo qui n’y croient pas, et qui n’y ont semble-t-il jamais vraiment cru.
Il s’agit de traverser ce territoire avec les corps, les images et les mots.
Esquisser, incarner des figures, les mettre en jeu et les faire valser afin de les métamorphoser. Donner corps à nos différentes voix, au divin, à l’animal, à l’humain. Révéler les projections qu’elles esquissent à nos imaginaires, les laisser jouer et se jouer d’elles. Nous habiller et nous déshabiller pour finalement tenter de nous regarder avec une même valeur, habité des mêmes besoins que les autres vivants et pourtant entretenant une relation complexe avec notre environnement et nos pulsions de domination. Il s’agit de folie, de désir, de contrôle, d’aménagements, de spectacle, d’armes, et de corps humains qui se ré-arment d’une intelligence animale contre une bestialité humaine masquée à loisir. Avec des situations permettant de déployer des corps circassiens, il s’agit de mettre en scène des postures d’être au monde, révéler nos volontés de puissances néfastes, notre soif de démesure, d’hybris, notre goût démesuré pour le beau, et tenter d’aller réveiller nos consciences.
Au plateau, il s’agit de voir ce qu’il en coûte, défricher, en assumant la faille, le vulnérable voire le ridicule. Des inconséquent.e.s et/ou des résistant.e.s obligés de se jeter dans la bataille, et qui en se laissant regarder, convoquent nos imaginaires à re/déconstruire. Jouer de ce réel devenu fou d’une férocité impatiente et menaçante, d’une bestialité déguisée, mettre en scène l’absurde de nos sociétés avides de dominations avec décalage, drôlerie et tragique afin de faire tomber le rideau de velours. C’est un cirque de la mascarade, de l’absurde, fait de brutalité et de beauté qui implique nos capacités physiques et circassiennes dans une perspective sociale, une lutte de bêtes contre notre propre bêtise.
C’est une pièce qui s’inspire et se nourrit de Fitzcarraldo, et d’autres images, paroles et poésie passées et présentes, autour de la Forêt, lieu de bataille aussi des corps et des identités dominés, objectivisés, colonisés.
Et c’est avec nos corps d’acrobates, la fiction, un goût pour le mythe et le détournement burlesque que nous avancerons dans l’obscure et inconnu possible que représente la Forêt.

 

CONTACT : Stephanie.LIODENOT@espace-des-arts.com